L’intention de l’un plutôt que l’éventualité de la culpabilité de l’autre

Armentières : aux Impôts, on lui demande d’ôter son voile, elle porte plainte (La Voix du Nord, 8 mai 2015)

Cette future maman, convertie à l’islam, s’est sentie agressée mardi matin au centre des impôts d’Armentières. Alors qu’elle demandait une copie de son avis d’imposition, son interlocuteur a exigé qu’elle retire son foulard. De la « discrimination » selon elle. Elle a porté plainte.

Mardi, 11 h 14, rue Bayart. Laura*, 22 ans, armentiéroise, se présente au guichet d’accueil du centre des impôts. « Je venais pour une procédure de quitus (procédure d’importation d’un véhicule belge en France) et j’en ai profité pour demander une copie de mon avis d’imposition. » L’homme qui la reçoit lui donne son ticket pour le quitus sans problème et lui demande ses papiers d’identité pour la copie d’avis d’imposition. « Je lui ai donné mon permis de conduire et c’est là qu’il m’a demandé, gentiment, de retirer mon voile », raconte la jeune femme convertie à l’islam depuis trois ans et porteuse du foulard depuis deux ans. Ce jour-là, Laura porte un jeans noir, une tunique claire, un manteau et un foulard noir. « Sa demande m’a surprise, je lui ai demandé de répéter. Il m’a dit : c’est la loi, regardez les affiches. » Derrière Laura, une vingtaine de personnes assistent à la scène. « Je me suis sentie humiliée, j’ai refusé et demandé à parler à un responsable. »

Maladresse ou malveillance ?

La jeune femme tente alors de justifier sa position. « Je ne cache pas mon visage, uniquement mes cheveux. » En guise de réponse, la responsable du centre l’invite à accomplir ses démarches sur Internet. Une attitude que Laura n’admet pas. « Le fond du problème ce n’était pas l’identité. Je connais la loi, c’est le voile intégral qui est interdit depuis 2011 (lire ci-dessous), j’ai été victime de discrimination. Les cheveux n’ont jamais été une preuve identitaire. » Finalement, Laura n’obtiendra pas sa copie d’avis d’imposition. Elle a déposé plainte au commissariat d’Armentières pour « discrimination au nom de la religion dans un lieu public et refus d’une prestation de service public ». Au commissariat justement, on confirme qu’une enquête est en cours. Les deux parties seront entendues, ce qui devrait permettre de déterminer « s’il s’agit d’une maladresse ou d’un acte de malveillance ».

Apagogie : pourquoi vouloir déterminer qui est en tort alors qu’on peut tout simplement déterminer de quelle manière une des deux parties est en tort ?